
Une patiente de 67 ans, retraitée et relativement sédentaire, consulte au cabinet pour des douleurs récurrentes au niveau d’un genou ayant bénéficié quelques années auparavant d’une prothèse totale. Ses examens radiologiques sont rassurants et ne montrent pas d’anomalie particulière concernant la prothèse.
Pourtant, la douleur revient régulièrement, notamment lors de certaines activités du quotidien.
Ce type de situation peut être déroutant : comment expliquer qu’un genou puisse continuer à être douloureux alors que la radiographie semble satisfaisante ?
Une prothèse totale de genou permet de remplacer les surfaces articulaires endommagées et a pour objectif de retrouver une fonction articulaire satisfaisante.
Elle peut considérablement améliorer la douleur et la mobilité, mais elle ne signifie pas pour autant que l’ensemble du membre inférieur fonctionne exactement comme avant l’apparition des douleurs.Le corps ne fonctionne pas comme une succession d’articulations indépendantes.
Le bassin, la hanche, le genou et la cheville participent ensemble aux mouvements de marche, de montée d’escaliers, d’accroupissement ou simplement de déplacement du poids du corps.
Lorsqu’une articulation devient moins mobile ou qu’une personne modifie durablement sa façon de se déplacer, les autres segments peuvent progressivement être davantage sollicités. Ces adaptations ne sont pas nécessairement problématiques au départ. Elles peuvent même être parfaitement fonctionnelles. Mais lorsqu’elles s’installent dans le temps, qu’elles s’associent à une diminution de l’activité physique ou à une perte de mobilité, elles peuvent participer à l’apparition ou à l’entretien de certaines douleurs.
Dans le cas de cette patiente, l’enjeu n’était donc pas de chercher une anomalie sur la prothèse, puisque les examens réalisés étaient rassurants, mais plutôt de comprendre comment son environnement mécanique fonctionnait autour du genou.
Comme souvent en ostéopathie, le bilan ne s’est pas limité à la zone douloureuse. La mobilité lombaire, celle de la hanche, puis celle de la cheville ont notamment été évaluées afin de comprendre comment le membre inférieur pouvait absorber et répartir les contraintes.
La mobilité de la hanche joue notamment un rôle important dans les mouvements du membre inférieur. Une hanche peu mobile peut modifier la manière dont le bassin et le membre inférieur accompagnent certains mouvements. De la même manière, la cheville intervient dans la façon dont le corps avance au-dessus du pied et absorbe les contraintes lors de la marche.
L’objectif était donc de vérifier que chaque étage disposait d’une mobilité suffisante pour permettre au genou de ne pas avoir à compenser seul les restrictions présentes ailleurs.
C’est un point important dans ce type de prise en charge : travailler autour d’un genou prothésé ne signifie pas nécessairement « travailler sur la prothèse ». Il s’agit avant tout de considérer le membre inférieur dans son ensemble et de chercher à préserver autant que possible les capacités de mouvement disponibles autour de celui-ci.
Une fois le bilan réalisé, nous avons travaillé progressivement sur les différentes zones présentant des restrictions de mobilité, notamment au niveau lombaire et de la hanche, puis de la cheville.
Le travail sur le genou lui-même a ensuite été réalisé avec des techniques douces de mobilisation articulaire. Dans le contexte d’une prothèse totale de genou, l’objectif n’est évidemment pas de rechercher une manipulation forcée ou une amplitude maximale à tout prix. Les mobilisations sont réalisées de manière progressive, dans les amplitudes disponibles et en fonction des réactions de la patiente.
Ces mobilisations passives douces permettent notamment d’entretenir les amplitudes articulaires disponibles, de favoriser la perception du mouvement et de travailler sur les tissus environnants lorsque ceux-ci présentent une perte de mobilité ou de souplesse.
Le choix de techniques douces est ici cohérent avec le contexte : la présence d’une prothèse ne constitue pas une raison pour ne plus mobiliser le genou, mais elle impose de respecter son environnement, son historique chirurgical et les éventuelles consignes médicales associées.
L’objectif de la séance n’était donc pas de « remettre le genou en place », mais de redonner de la liberté de mouvement là où cela semblait pertinent et de diminuer certaines contraintes susceptibles d’entretenir les symptômes.
Un autre élément important du cas était le faible niveau d’activité physique de cette patiente depuis son départ à la retraite.Lorsqu’une personne bouge moins, les articulations ne deviennent pas nécessairement pathologiques, mais elles sont moins régulièrement sollicitées dans leurs différentes amplitudes. Les muscles perdent également progressivement en capacité lorsqu’ils sont peu utilisés.
À l’inverse, une activité physique adaptée permet d’entretenir la mobilité, la force, la coordination et la confiance dans le mouvement.
Dans cette situation, les conseils ne se sont donc pas limités aux techniques réalisées au cabinet. L’idée était également de réintroduire progressivement du mouvement dans le quotidien, sans chercher à provoquer de douleur. La reprise d’une activité régulière et adaptée, associée à quelques exercices simples visant à entretenir la mobilité et les capacités musculaires du membre inférieur, constitue un élément important pour accompagner le travail réalisé en consultation.
C’est finalement l’un des messages essentiels de cette consultation : une radiographie rassurante ne signifie pas nécessairement que toutes les contraintes mécaniques autour d’une articulation sont optimales. Et inversement, une douleur ne signifie pas systématiquement qu’une prothèse ou une articulation est « abîmée ».
Le corps s’adapte en permanence aux contraintes auxquelles il est soumis. Notre rôle consiste notamment à identifier les zones qui participent à ces adaptations, à travailler sur les mobilités qui peuvent l’être et à redonner progressivement au patient les moyens de bouger davantage et plus confortablement.
La présence d'une prothèse totale de genou ne signifie donc pas que toute prise en charge manuelle devient impossible. Elle nécessite surtout d'adapter l'examen, le choix des techniques et les amplitudes de travail au contexte de chaque patient.
Dans le cas de cette patiente, le travail s'est organisé autour de trois axes : améliorer la mobilité des régions situées en amont du genou, notamment la hanche et les lombaires ; préserver la mobilité de la cheville afin de faciliter la répartition des contraintes dans le membre inférieur ; puis mobiliser progressivement le genou avec des techniques douces et adaptées.
L'objectif était moins de rechercher une cause unique à la douleur que de comprendre comment l'ensemble du membre inférieur fonctionnait et comment la sédentarité et les différentes adaptations pouvaient participer à l'entretien des symptômes.
Cette approche ne remplace évidemment pas le suivi médical ou chirurgical d'une prothèse. En présence d'une douleur inhabituelle, importante, brutale ou persistante, un avis médical reste nécessaire afin d'écarter notamment une complication mécanique, inflammatoire ou infectieuse.
Avoir une prothèse de genou ne signifie pas devoir éviter le mouvement. Au contraire, lorsque le contexte médical le permet, entretenir la mobilité et les capacités musculaires reste essentiel.
Une douleur persistante avec une imagerie rassurante mérite parfois d'être envisagée sous un angle plus global : comment la hanche fonctionne-t-elle ? La cheville est-elle suffisamment mobile ? Comment la personne marche-t-elle ?
Quel niveau d'activité physique a-t-elle aujourd'hui ?C'est dans cette réflexion globale que l'ostéopathie peut trouver sa place, en complément du suivi médical et de la rééducation lorsque celle-ci est nécessaire.
Si cette approche de la prise en charge vous parle, ou si vous souhaitez faire le point sur une douleur persistante ou une gêne qui limite vos mouvements, vous pouvez prendre rendez-vous au cabinet à Annecy pour réaliser un bilan adapté à votre situation.